Albert Falco

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Albert Falco

Message par Augier Henry » 08 Avr 2014, 14:14

Albert Falco

J’ai été profondément peiné d’apprendre la disparition d’Albert Falco, figure légendaire, avec le commandant Cousteau, du monde marin. Je n’ai jamais eu l’occasion ni la chance de plonger en sa compagnie, mais nous partagions la même consternation et la même révolte de voir, dans l’indifférence générale des « politiciens » et des autorités dites responsables, avec quelle vitesse certains fonds marins de notre pays ont été empoisonnés, détruits et dépeuplés.

Il était, depuis sa plus jeune enfance, le vivant témoignage de la vie exubérante et bariolée qui animait jadis les fonds marins de nos Calanques. Il n’avait pas son pareil pour en parler avec la chaleur des mots qu’on lui connaissait. Ses yeux brillaient et s’animaient, ses gestes s’accentuaient quand il évoquait le foisonnement des poissons de sa chère Calanque de Sormiou ! Il pestait aussi, comme nous tous, sur les poisons injectés au cœur des Calanques par l’émissaire de Cortiou, l’exutoire monstrueux des eaux usées de Marseille, chargé des polluants les plus toxiques (métaux lourds, pesticides, détergents, germes pathogènes, etc.).

A plusieurs reprises Albert Falco a épaulé avec efficacité, grâce à sa forte personnalité et à sa popularité, les actions d’UCL au cours des moments les plus dramatiques pour les Calanques. Nous avons tous en mémoire son intervention solennelle et percutante du mardi 11 février 1992, dans le grand amphithéâtre de l’Ecole d’Architecture de Luminy, moment décisif de ce que l’on allait appeler la « bataille du pos ». Au cours de cette réunion une vive opposition de la population et des associations s’était exprimée pour rejeter en bloc le projet municipal de révision du POS de Marseille visant à l’expansion hors la loi de l’urbanisation tentaculaire au site classé des Calanques.

« Bébert » intégra l’équipe de la Calypso en 1952 et ne la quitta plus jusqu’à sa retraite en 1990. En 1962 il réalisa, avec Claude Wesly, une première mondiale : vivre 7 jours dans une « maison sous la mer » (précontinent I) au large de l’archipel du Frioul. Il renouvela cet exploit dans d’autres « maison » dans le cadre des expériences intitulées « précontinents » : précontinent II en 1963 au Soudan, précontinent III au large de Nice en 1965. Il fut également le pilote de la soucoupe plongeante Denise qui effectua près de 300 plongées à des fins scientifiques et cinématographiques.

En fait, Albert Falco avait plongé dans toutes les mers et tous les océans du monde, ce qui en faisait un témoin exceptionnel, particulièrement utile, pour orienter les biologistes marins lors de leurs expertises. C’est même à se demander où il n’avait jamais mis les « palmes » ! Une anecdote me vient à l’esprit à ce sujet.

En 1983, je débutais l’étude des peuplements marins de l’île portugaise de Madère (Augier 1985*). L’entreprise était exaltante car j’étais un peu dans les dispositions de ces explorateurs de jadis qui découvraient un nouveau monde. Je n’avais trouvé aucune note, aucun rapport, personne n’était passé par là, en plongée, avant moi pour décrire la vie sous-marine madérienne ! Passé la profondeur de 15 à 20 mètres, je fus un jour intrigué de voir sur les sables volcaniques, de drôles de « bestioles », longues et fines, dressées par centaines au dessus des sédiments, disparaître dans le sable au fur et à mesure que je m’en approchais. J’essayais d’en capturer un exemplaire à l’aide de mon poignard, sans résultat, leurs terriers étaient trop profonds. A mon retour sur terre ferme, j’interrogeais le directeur du muséum de Funchal. Il m’indiqua sur une étagère un flacon formolé qui contenait un exemplaire de l’animal. « Il a été capturé par « Bébert » me précisa-t-il ». Oui, contre toute attente, Albert Falco été venu avant moi à Madère (en 1956 précisément, avec la Calypso) et on lui doit d’avoir capturé pour la première fois ce poisson bien intrigant que l’on appelle « congre-ténia » (Taenioconger longissimus), caractéristique des fonds de sables volcaniques de l’île.

Albert Falco laisse en héritage un ouvrage passionnant rédigé, au crépuscule de sa vie, en collaboration avec Alain Foret et dans lequel il raconte l’aventure de sa vie**.

Les Calanques et tous les amoureux de la mer viennent de perdre l’un des plus passionnés et l’un des plus efficaces défenseurs de notre patrimoine naturel, en même temps qu’une mémoire humaine exceptionnelle des richesses et des horreurs de ce monde. Nul ne pourra l’oublier***.

Ses cendres sont venues ensemencer la vie marine des Calanques, dernier et ultime message de celui qui en fut l’un des plus brillants ambassadeurs.

Augier Henry, premier président et président d’honneur d’UCL.

* Augier H., 1985. Première contribution à l’étude et à la cartographie des biocénoses marines benthiques de l’île de Madère. Boletin do Museu Municipal de Funchal, Madeira, 37, 168 : 86-129.
** Falco A., Foret A., 2012. Sormiou : berceau bleu de mes souvenirs. Gap éditeur : 256 p.
*** Notre souhait, et en son honneur, est de voir une des zones protégées du parc national des Calanques porter son nom.



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Augier Henry
 
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