

La Calanque des Anglais, la Pointe des
Contrebandiers, vus de l'Enclos

Alain Mante vous dira que la nuit il n'y a pas de lumière dans la zone des Calanques. La nuit tous les chats sont gris!
A Riou il y a toujours eu des zones d'ombre.. si l'on peut dire, car celle dont je vais parler est en plein soleil dans le Mauvais Pays. A la Pointe des Contrebandiers il y a 3 emplacements de débarquement. Sur la falaise au dessus il y a un "enclos" sur la carte de mon père. J'avais pensé à un enclos pour rassembler les chèvres pour les embarquer, comme j'en avais vu en Grèce!! Or ce replat est à 110 mètres au dessus de l'eau. Il n'y a maintenant que des tuiles et des briques qui sont tombées de la Tour, pas la moindre cigarette américaine, ni bleu de chine, ni régime de bananes, ni oranges jetés par dessus bord des paquebots arrivant à Marseille.

La pointe des Contrebandiers, la Calanque de Cavaù, l'enclos du Mauvais
Pays dans le coin en haut à gauche
Tout le monde connait l'affaire du Combinatie en 1952, et la plaisanterie
bien marseillaise: "Si tu vas
à
Riou pêcher les arapèdes,
ramène-moi deux cartouches de cigarettes!" L'histoire est bien
dans le style des années d'après-guerre : Les 2700 caisses de cartouches de cigarettes
ne furent jamais déposées dans l'enclos. Poursuivis par la police maritime,
les gangsters mirent le cap sur la Corse, rien de moins, abandonnant leurs
sous-fifres qui les attendaient sur Riou. Lesquels cueillis par les
policiers dirent qu'ils étaient là pour pêcher. Comme ils n'avaient pas la
moindre canne à pêche ou palangrotte ils dirent donc qu'ils étaient là pour
pêcher des arapèdes.
L'idée était de se faire "voler" la marchandise assurée et la débarquer sur
l'ile, ce qui évidemment doublait les revenus. Cela finit par une quinzaine
de morts parmi les associés, parce que celui qui était en Corse décida
d'écouler les cigarettes pour son compte personnel.
Chaumelin qui travaillait aux douanes, nous dit:
" Carbessogne (Caramassane) est la seule partie de Riou qui renferme quelques baumes; elles sont généralement peu profondes et d'un accès difficile; elles ont servi longtemps d'entrepôts à Robespierre et à d'autres contrebandiers, qui attendaient le moment favorable pour transporter leur marchandise sur le continent". "Robespierre" était en 1815 un déserteur du nom de Pierre Serre, réfugié à Morgiou, qui après Waterloo sollicita et obtint un poste de douanier, afin d'apprendre ce dont il avait besoin pour devenir un contrebandier des plus efficaces, qui n'hésitait pas à se jeter à la mer du haut d'une falaise pour échapper à ses poursuivants, ou à chavirer son bateau qui avait un double fond.

En Juin 1866 un Sieur Serre ecrivit au ministère de la Guerre pour demander de louer la baraque de Riou, le jardin et avoir le droit de chasser dans l'ile.. En contrepartie on lui demandait de
"surveiller l'île et d'empêcher les gens d'emporter le sable dont il restait 20000 m3 et de ne pas laisser les Espagnols camper sur l'île pour pêcher le corail de belle qualité qui venait d'être trouvé aux abords de l'ile, s'ils n'avaient pas demandé de permis!"
Toujours d'après Bouillon-Landais, l'île désertée est devenue le paradis des
contrebandiers vers la fin du premier empire. Est-ce de ce temps
là que date le long de la côte le sentier de douane, ou plus exactement l'ex
sentier des batteries d'après les cartes de Matheron? Il va de Callelongue
à Morgiou, se poursuit au-delà
passant au dessous du Cap-Gros.il y en a un aussi de St Cyr sur Mer à
Bandol. Marius Chaumelin, qui était
employé des douanes rend
visite aux douaniers de Morgiou, où il y avait un grosse fabrique de soude
(Rivalz et Barry)
qui empuantissait toute la vallée. Ses réflexions sur les déserteurs
et les contrebandiers peuvent s'appliquer
à Riou.
Il y avait un poste de douane à Sormiou, et il y a des ruines un peu
partout, à la Mounine, dans l'éboulis sous le Cap Gros, à Port d'Alon, qui
pourraient être des abris. En 1818 la caserne de la batterie Est de
Marseilleveyre est donnée aux douaniers par le Génie.

En 1896 Mr Tronc obtient de louer la cabane des exploitants des Sablières.
Il fit bâtir pour son garde Pipo Meïni cette maison.
La Veuve Tronc demanda à renouveler le bail de l'île en 1913 et ce lui fut
accordé . On se demande pourquoi des gens qui habitaient Nice et
Marseille étaient aussi intéressés à avoir une île à Marseille,
pendant une vingtaine d'années, et y maintenir un garde. Ils devaient
rudement aimer chasser le lapin. Pourquoi Pipo envoyait-il des messages en
morse tous les soirs? La recommandation de 1866 avait dû être sous entendue
dans le bail des Tronc.
Leur cabanon que j'ai connu en ruine avait une citerne au pied du mur que
l'on voit sur la photo de 1932.
J'espère, sans aucune autre preuve que le nombre de tessons, que c'est là
que se trouvaient les bacs à saumure des pêcheurs massaliotes
Le cabanon des Tronc fut démantelé en partie par le dernier "gardien" Ernest,
et les tuiles et matériel furent emportées à Podestat pour la construction
du bar-restaurant, d'après ce que l'on a raconté à Alain Mante.
Avant ou après la guerre?? je ne sais pas. *
Car maintenant s'inscrivent 2 autres locataires sur l'île pendant la guerre.
Un couple d'italiens à qui Mr Amari de la Madrague avait confié son fils
Raoul qui avait 10 ans. Ces gens-là pêchaient en bateau en 1943, donc avec l'accord des
allemands. Et ils pêchèrent aussi un mort avec son parachute, mais auquel il
manquait la moitié d'une jambe, et au lieu de le remettre à qui de droit
avec la pêche du jour, ils le trainèrent en haut du vallon de Fontagne pour
l'empierrer au pied d'une dalle, après l'avoir dépouillé de tout ce qu'il
portait! Pas étonnant qu'ils aient fait jurer au gamin de ne rien dire!
*Sept 2008: Maintenant je sais.. après la guerre.. car Ernest Tanzi, interdit de
séjour à Marseille, a bien passé
son temps sur Riou pendant la guerre..il est l'italien qui a empierré
l'aviateur allemand. Puis, après la guerre, il s'en alla à Podestat construire
un bar en "empruntant" les tuiles, portes et fenêtres du cabanon
des Tronc. Drôle de gardien !!
D'après mon copain pêcheur,
Un nommé Vittiglio, ( ou un "type de Gardanne") qui était dans les Travaux Publics la remplaça par une petite construction en parpaings plus à l'ouest, qui fut squattée par le déserteur et planqué Jean Throude (Fille de Sormiou de Danièle Ricart, qui le fait se proclamer le gouverneur de l'île en 1964, déserteur, et un général auprès de Massu..mégalomanie mythomane?!).

Les gens des Goudes racontent volontiers que lors de pique-niques sur l'île
, ils voyaient arriver ce type qui se disait garde de Riou et qui s'invitait
à partager leur repas. Ceux qui se montraient généreux pouvaient revenir
sans crainte de se voir refouler.
Cette cabane et l'ancien poulailler furent dynamités en 1971 par des
pêcheurs qui n'ont pas apprécié les embrouilles dont il était coutumier et
sa main mise sur leur terrain!!
Ce qui entraina un ordre du préfet maritime,
On m'a fait
remarquer aussi que cet homme "gardien d'une île " ne possédait pas de bateau.
Il troquait le
passage pour ses amis contre une permission de chasser le lapin, chasse sur
laquelle il prélevait sa quote part en lapin ou en poisson, alors que la
chasse était interdite sur l'ile, ainsi que le nudisme, les armes
à
feu, et les transistors!! Il se fit prêter un fusil par Pierre Gay
propriétaire du bar de la Mahonnaise et ne le rendit jamais. Certains me
disent l'avoir trouvé les accueillant nu comme un ver sur la plage.
A la suite des représailles musclées du Monasterio il vint demander à
mon père la clé du cabanon de Fontagne, et lui promit de lui montrer des
monnaies romaines soit disant trouvées dans la Sablière. Bien entendu nous
ne l'avons plus revu.
Il promit aussi à Jean Courtin de lui montrer un crane soit disant trouvé
dans la Petite Sablière.
Le crane doit être avec les monnaies romaines.. et j'oubliais.. l'épée en
argent du Turc.
Dans quel contexte s'inscrit la culture du pavot? Cette fleur ne pousse
nulle part dans les calanques.. la seule explication "naturelle"
serait que c'est un coquelicot qui a muté ou que les gabians ont apporté les
graines!! Nous retombons ainsi dans la pêche aux arapèdes!
Mon père bien que membre du GEAR n'avait rien d'un botaniste. Il désigne les
lentisques autour de la Fontaine des Grecs sous le nom générique de
"Salades". Le reste du temps il employait le mot baragne pour tout ce qui
était épineux, à enlever. Nous avons ainsi "débaragné" le chemin qui va de
la Gardiole au sommet du Devenson lorsqu'il faisait la carte de la Candelle.
Pendant les 4 ans du bail du GEAR, il aurait remarqué ces fleurs qui font de
Riou au printemps un coin d'Afghanistan. En 1965 la myxomatose tua
pratiquement tous les lapins, ce qui aurait permis au début de 1966 de voir
les pavots s'il y en avait sur l'ile.. le débat est
ouvert.. Qui entre 1966 et 1991 a planté du papaver somniferum sur l'île de
Riou sous le nez du "garde"qui avait été fait prisonnier en
Indochine, ou avec son accord?

Quant à la contrebande de cigarettes..... elle se porte bien merci! en 2010, échouée à Fontagne une caisse contenait des cigarettes "américaines"

L'ile semble aussi inspirer les histoires archéologiques fantaisistes. Il y
a presque autant de charlatans que d'archéologues bona fide! Cela m'ennuie
presque de mentionner les noms, car finalement ce sont ceux-là qui sont les
plus connus.
Au début du 20ème siècle cela faisait partie du paysage: il y a eu l'affaire
Pittman en Angleterre, puis la disparition de l'homme de Pekin pendant la
guerre.
En 1904 le Dr. Capitan, grand manitou de l'archéologie de l'époque,
fait une présentation
à l'Académie des Sciences sur la
découverte sur l'île de Riou de silex néolithiques égyptiens, par lui-même
et l'abbé Arnaud d'Agnel.
Nous savons ainsi qu'au début du 20ème siècle il y avait toujours des
lapins, mais surtout des tessons grecs et romains très nombreux dans ce qui
restait de la Sablière. Toujours est-il qu'il va sur l'ile, il fouille
"lui-même"
à la Sablière et sous les couches
de poteries romaines, de poteries grecques, parmi les coquillages et les
tessons néolithiques il identifie des silex égyptiens. Il fait une brillante
étude de chaque pièce les comparant à une autre collection, validée
celle-là, il imagine les barques égyptiennes dans la baie entre les Conclus
et Plane, car

En effet, elle était là, mais dans une pièce
plongée dans l'obscurité par une panne d'électricité (on m'excusera d'avoir
pensé que c'était bien Marseille ça!) Une autre fois je suis allée au même
musée pour voir spécialement les céramiques du XVII, la salle était fermée
parce qu'inondée par une fuite du toit pendant un orage de la semaine
précédente. J'adore les Musées de Marseille pour leur location, ce
qu'ils ont dans leurs collections, la présentation. Mais je trouve frustrant
de ne pas pouvoir acheter par exemple, un poster de la belle baigneuse des
termes : Il y a 3 ans "la demande a été faite".. elle est apparemment tombée
dans les puits du Moyen Age qui traversent les dolia romaines, car il n'y
avait toujours pas de poster à acheter en décembre 2006. A la Vieille
Charité, 2 ans et 2 visites pour voir les Salles Fernand Benoit toujours
fermées: la dernière fois tous les gardiens de salle étaient monopolisés par
une expo de sculpture dans la Chapelle, donc les autres salles étaient
fermées! J'avais pourtant téléphoné pour m'assurer que le musée était bien
ouvert, le matin même. Comme on dit aux Goudes: "on se fout du monde!"
Dommage!
LFG me dit aussi, que ce n'était pas à la Grotte de l'Ours qu'elle avait été
trouvée, mais à la Grotte du Draïou. Grotte mentionnée sur une des
premières cartes de mon père, mais que je renonçais à visiter lors de ma
sortie à la Vigie de Marseilleveyre, une fois arrivée au Pas de la Chèvre.
Bien m'en prit, car ce n'était pas celle mentionnée par "Voyage en Massalie"
mais en plus il y a un erratum dans le catalogue d'expo qui arbore 2 belles
photos des grottes dites à offrande, qui ont leurs noms intervertis. A qui
peut-on se fier ?! La Grotte de l'Ours elle, a parait-il livré du mobilier
grec, il y avait un trou creusé près de l'entrée à l'intérieur, mais comme
souvent les résultats de fouille disparaissent dans les oubliettes. C'est
pour cela que je suis en faveur de musées locaux. Je pense qu'aux Goudes, le
Fortin avec ses batteries jamais utilisées est un endroit idéal. Il est
accessible, il y a place pour un parking; il a une belle fortification encore en bon état,(il a été conçu
en 1864 dans le même style que la batterie de l'Escalette. Il n'a jamais servi) Il a
eu une caserne et des bâtiments annexes, il y a un souterrain à munitions
qui peut permettre de stocker tous les tessons locaux en attendant la
reconstruction de la caserne. Il pourrait héberger le CEEP (vue sur les
Iles), un petit atelier de restauration de céramique, peut-être une
imprimerie ou un studio de photographe, des guetteurs d'incendie, une école
de plongée archéologique. Est-ce que Les Goudes deviendront jamais le
Monterey de Provence ? Est-ce à souhaiter? En tous cas la tache sera rude.
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