Riou et les Calanques du docteur Albert

Riou et les Calanques a partir de 1295

Errances et Réflexions d'une Promeneuse Solitaire


Vigie de Rieuls a une tour surmontée de fumée et de flammes.
P.J. Bompar  -  1631

Il y a 500 ans, les Guetteurs de la Vigie de Riou
Capturaient les Faulcons pour le Roy de France


Le Faucon Pèlerin de Jarre
(Photo Jean Patrick Durand du CEEP)

Du temps des Romains, et des compte-rendus de Strabon c'est Maïre qui a la primeur si c'est bien elle la Positio Immadras. J'ai lu qu'il y a eu un farot sur cette ile. Sans doute à l'emplacement de la tourette qui date de la WWII. LF Gantes a recueilli au pied de la falaise des briques en argile micacée, semblables à celles des fouilles de la rue Leca. Il y a aussi de la céramique à vernis noir, des amphores Dr 1A. Donc un poste de guet en "dur" sur l'Ile Maïre au temps des Massaliotes. Mais au Moyen Age elle cède la place aux vigies de Marseilleveyre et Riou


Brique de fabrication massaliète - Vigie sur Maïre du temps des Grecs


La Vigie de Masselhaveyra

La première mention du Farossium in loco de Masselhaveyra remonte à 1302. Le document ci-dessous est l'inventaire établi par Robert de Milet en vue de mettre la Provence sur un pied défensif. Il s'agit bien entendu de la vigie qui fait face à Riou, et qui se trouve au sommet du Massif à une altitude de 432 mètres. Elle fonctionna jusqu'en 1814. Il y avait 2 guetteurs qui communiquaient avec la Turris de Gardia, et le farot de Rieu. Il est à noter que la Vigie de Marseilleveyre est très souvent dans les nuages. Mais s'il fait mauvais temps il y a moins de risques d'attaque.


Microfilm du parchemin de 1302 donnant la liste des vigies, la Couronne, Carro, Notre Dame de la Garde, Masselhaveyra, Ile de Riou, Bec de l'Aigle dans la Paroisse de Ceyreste, celle qui suit est à Ollioules. (Archives des BDR)

Pons de Servieres, Pierre Alfant sont payés 4 florins 2 gros pour le mois de Mars 1408.

Loys Negreu, son fils et Peyre Vailha remplacent les 2 gardes tués en Mai 1527 sont payés 5 florins par mois.

Vue de Riou à partir du sommet de Marseilleveyre à plus de 3 kms

Vue limitée  de Jarre par temps gris

Glorieuse vue sur la colline de la Garde qui cache la ville antique de Marseille; y compris le port, donc ce n'est pas l'endroit d'où l'on voit Marseille , mais plutôt le Massalia Veterem, l'oppidum des "Ligures" d'avant les Grecs

Lorsqu'elle fut fermée temporairement en 1696 la ville paya le 31 juillet 140 livres d'arriérés à François, fils de Pierre Puget, pour l'achat de bois de sa propriété pour faire fonctionner le farôt pendant 2 ans.
Elle fut fermée définitivement en 1814, d'après Chaumelin par les Anglais.. qui firent subir le même sort à celle du Cap Gros la même année, et ce après qu'ils aient attaqué avec succès en 1813 Morgiou, Cacaù, le château de Cassis et l'Ile verte (Il y avait aussi une Vigie au Bec de l'Aigle depuis les romains). En 1864, sous Napoleon III, ces vigies furent remplacées par les sémaphores de Canaille et de Calelongue.

La Vigie de Marseilleveyre fut transformée en refuge du Club Alpin Français au début du 20ème siècle, avec l'ajout d'un second étage. En 1896, le 2 Mars une croix de mission fut érigée par les populations de Bonneveine et de Montredon (8 mètres de haut  1.50 de large). Une tempête l'emporta en 1900. Le site est probablement celui du farot, car de la Vigie on ne voit pas la Turris de Guardia.
Comme ce n'est pas une tour ronde chère à Robert le Sage, comte de Provence , elle doit peut-être sa forme carrée à des modifications au 15, 16 et 17 siècles. La citerne est toujours là , construite en briques, mais inutilisable comme la majorité des points d'eau dans les calanques.

Site du Farot ?

Derrière la ruine l'Ile de Riou et Plane

Sur la gauche la citerne sans eau

Le même sort fut réservé à une autre vigie en ruine qui devint le Refuge Frison Roche au Cap Gros
derrière la Grande Candelle.

En contrebas sur le centre gauche, les ruines de la Vigie/refuge. La flèche rouge indique celle du Cap Gros en ruines sur les cartes de 1904, aménagée en refuge en 1933, visible ci-dessous

Cap Gros - 1930  -  Cliché Dr. Albert

Cap Gros - 1962  -  Cliché Dr. Albert 

Cap Gros - 1970  - Gisèle et Georges Albert

Cap Gros - 2006  -  Cliché Michèle Albert 

Au Cap gros, déjà en 1962 la dégradation depuis 1930 est alarmante si bien qu'on peut dire qu'il ne reste de l'ancien sémaphore probablement contemporain de celui de Marseilleveyre que la citerne. De nos jours il n'y a plus de toit au refuge, mais l'eau de la citerne est toujours buvable.

 

La Vigie de Riou


Carte du Sieur Henry Michelot, capitaine réal des Galères  (1716)


Carte du Sieur Michelot  (1736)


Carte d'Ayrouard  1736? Carte des Fonds


Carte de Bellini 1764


Carte de Jacques Ayrouard (1736)


Carte de Bresson (1773)

Elle fonctionnait en 1295 et fut fermée en 1695. Il faut rendre grâces à Bouillon Landais qui était archiviste de la ville et qui laissa en 1859 une compilation de ce qu'il avait trouvé se rapportant aux gardes, aux faucons et aux Vigies

Bouillon-Landais dit qu'il y a une cheminée et une citerne à l'intérieur, et l'on peut se demander comment la citerne se remplissait, et comment on y avait accès! Et s'il y a cabane pourquoi les gardes devaient-ils se réfugier dans la tour en y montant par une échelle? Pourquoi monter une tour de 6 mètres au dessus du sol. Les pavés qui la formaient encore , ou qui formaient seulement les fenêtres en arc de cintre sont disséminés aux alentours. Il y en a quelques uns au sol. Quant à la cheminée je ne vois pas où elle aurait pu être, peut-être à la meurtrière?
Le dessin fait par Firmin  ne montre pas la meurtrière qui existe toujours, mais que l'on ne voit pas selon l'endroit où l'on se place pour prendre une photo.

Se basant sur le dessin de la couverture du Bulletin par Firmin en 1858, et sachant que le diamètre intérieur de la ruine est de 4 mètres, mon père déduisit qu'en 1858 la tour mesurait encore 6 mètres de haut. Déjà il y avait une échancrure en V, qui à mon avis était une porte. Il y a là deux très belles pierres roses taillées qui semblent venir du Cap Couronne. Il me semble inconcevable de bâtir une tour à 192m au dessus du niveau de la mer et de devoir y entrer en montant sur une échelle. Sans parler de jouer les acrobates par jours de mistral. L'échelle servait certainement pour allumer le farot sur le toit de la tour.

Meurtrière  vue de l'extérieur de la tour

La meurtrière  vue de l'intérieur de la tour

La "porte" aux pierres roses extérieur

La "porte" avec 2 pierres roses (de la Couronne?)de l'intérieur

Les avis diffèrent: BL la trouve en maçonnerie ordinaire et construite avec beaucoup de soin.
Philippe Rigaud (Des Iles Côte à Côte) trouve la qualité de construction des murs à la chaux médiocre, les lits de pose irréguliers.

BL voit la citerne au nord, creusée dans le roc  voûtée en pierres, revêtue de béton à la pouzzolane.
PR la voit à l'ouest, voûtée encombrée de pierres.
Je la voie plutôt à l'ouest- , ce qui me fait conclure que BL n'avait pas de boussole avec lui car il place à l'Est une cabane qui est au plein Nord de la Tour Il est donc à 90° du réel. Comme elle est aujourd'hui farcie de pierres et de briques il est difficile d'y voir du béton à la pouzzolane, ou même d'y voir une citerne et encore moins creusée dans le roc. Le roc manque c'est vrai, mais il semble que la voûte le remplace pour assurer une base solide à ce morceau du mur de 1m d'épaisseur de la Tour qui autrement était  bati sur du vide. Lorsque je vois la construction de mon cabanon des Goudes dont le mortier semble être de la terre après une centaine d'année j'aurais plutôt tendance à trouver ces murs qui depuis 700 ans sont à tous les vents , bien batis!
Quant à Chaumelin , lui, il y voit un four!  Mais comme il se croit à la "Tour du Sarrazin qui daterait d'avant Jésus Christ " ...!

Les avis diffèrent aussi à propos du nombre de maisons. Lorsque les archives parlent de maisons, il était question de toutes les vigies. BL voit une cabane en ruine, PR en voit 3 . Un replat adossé à une barre rocheuse ne constitue pas nécessairement une cabane, même s'il y a quelques pierres posées les unes sur les autres à l'autre bord du replat.
Par qui? et quand? Même s'il y a effectivement 2 emplacements supplémentaires je les vois plutôt en "salles à manger" extérieures, la cabane étant petite . Peut-être l'emplacement du poteau à fanions.
La construction de la cabane est décidée  en 1442 par le conseil de la ville et commandée à un maçon, la charpente est, ou installée (sans commentaires) ou refaite en 1451... 18 falquetas, 4 traversas, C agus!
En 1480 elle est réparée à nouveau pour une dépense de 1 florin 7gros pour 12 planches de bon bois et 100 clous. A quel moment y a-t-il eu les tuiles que l'on trouve disséminées ainsi que les pavés de terre cuite, dans les éboulis tout autour? et qui semblent être de 2 lots différents.
Dans les autres dépenses il y a le bateau, un des 3 gardes ayant la permission d'aller au ravitaillement une fois par semaine. Il y a donc achat de bateau. On se demande comment un seul homme  naviguait de Riou à Marseille avec une voile et des rames, mais c'est aussi le moyen de transport de Marius Chaumelin en 1850, il va de Sormiou à Plane en quelques heures.
Un bateau est payé 15 florins à Barthomeu Florentin en 1522, 6 ans plus tard le bateau est "rompu" et on en achète un autre à Johannon Besson pour huit escus sol...

Interprétation basée sur les cartes de Michelot

Interprétation basée sur la vigie du Cap Sicié

Il y a une échelle  achetée à Renaud Boyer en 1484 pour "monter en haut". Si le farot était sur le toit-terrasse de la tour, ce serait plutôt pour monter sur l'emplacement du farot que dans la tour qui parait avoir eu une porte accessible.

Enfin dans les autres dépenses importantes il y a un mât (appelé  arbre), une voile, des poulies et des cordages; il est renouvelé en 1384 par Antoine Raimond dit le Levrier pour 10 gros y compris le transport à Riou.
En 1475 Antoine Court en livre un.
5 ans plus tard, en septembre 1480 Casthilhe livre un matereau brut pour 1 florin 1 gros, qui est façonné par Jacques Martin pour 9 gros, et monté par 4 hommes à la Vigie pour 8 gros.
Il serait intéressant de chercher l'emplacement du poteau...

"Les gardes faisaient du feu tous les jours".

La Vigie de Marseilleveyre ne saute pas précisément aux yeux


Sans parler du chapeau de nuages qui la coiffe volontiers par temps orageux - ici en août

Quel était l'intérêt de faire du feu tous les jours s'il ne se passait rien? C'était sans doute  pour les obliger à être à leur poste  (ils risquaient de perdre un mois de salaire) ! Ils auraient pu tout aussi bien hisser un drapeau à heure fixe! en 400 ans car il ne devait pas rester un buisson sur l'Ile.
Et lorsque les Sarrazins arrivaient que faisaient les gardes ? S'entendaient-ils pour recevoir des signaux de Marseilleveyre au cas où des fustes se trouvaient dans Fontagne au petit matin? Apparemment non, car ils se sont fait surprendre et enlever.

De la Vigie on ne voit pas la Calanque de Fontagne  ni celle de Caramassane -
Par contre on la voit de Marseilleveyre..les gardes ne se prévenaient pas entre eux?!?

La Tour n'existe plus au dessus de la "citerne". C'est une belle construction. La citerne qui fait partie intégrante de la tour comme on le voit sur la photo ci dessous , est en elle-même extraordinaire.
L'adresse avec laquelle le mur est monté... cela fait 700 ans qu'il est là. Le fortin de Morgiou emploie la même technique faisant partir le mur d'en bas et comblant le rocher . A Riou cela se double d'une prouesse d'architecture pour soutenir la tour ronde au dessus d'un vide par une voute; Alors double usage en y installant une citerne? Le colmatage ne dut pas être des plus faciles.
Quelle eau recueillait-elle? La tour était-elle couverte d'un toit, qui servait pour le feu et la fumée , et ce toit alimentait-il la citerne? (de cendres et d'eau?) Ou  le mistral emportait les cendres, ou plutôt le vent d'Est qui est le vent de la pluie. L'accès devait être épique les jours de fort Mistral! Mais les fustes restaient sans doute à l'abri par mauvais temps, donc rien à signaler!


La citerne intégrée dans le mur de base de la tour?

Il est difficile de suivre Bouillon Landais dans cette histoire de citerne. La voûte que l'on voit sur cette photo se prolonge sur au moins 70 centimètres vers l'intérieur de la tour et semble être plus une façon de consolider l'assise de la tour avec des pierres en clé de voute au dessus d'un "manque "de la roche à cet endroit, que pour être utilisée en citerne. Si c'était bien une citerne lors de l'édification du farot , ou elle minait la tour, ou elle ne retenait plus l'eau car en 1442 en plus de la construction de maison on construit celle du Pic Occidental .  Emploi de briques et de tuiles semblables dans les deux constructions, et tessons éparpillés dans l'éboulis du Pic datant du XIV et XV d'après Mme Lucy Vallauri , capacité  au moins 3 fois plus grande.

Une tour de farot construite vers 1300 est ronde et se compose en principe d'une citerne, d'une salle où habitent les gardes, et d'un toit où l'on accède par une échelle pour y allumer le farot. Jusqu'à présent il me semble que celle de Portissol, encore dans un état remarquable est la plus proche de ce que devait être les tours de guet de Robert le Sage, construites comme des moulins .


Carte postale de Sanary (Henri Ribot)

 Mais il y a des variantes.. celle du Cap Cessiech (Sicié) qui existe encore aujourd'hui n'a ni salle ni citerne car les religieux qui étaient aussi les guetteurs habitaient près de leur chapelle.

 

A Riou il y a à peu près 8 m entre le collet et le haut de la tour. Puis en 1442 ils habitent une "maison" au nord (plus abritée) et on leur construit aussi une citerne au Pic Occidental. En 1631 il est encore question d'une tour surmontée de fumée et de flammes.

La mention de l'achat de bois à François Puget en 1694 et le mémoire pour les gardes de Notre Dame laisse à penser que le système des farots a perduré jusqu'à la fin de leur utilisation en 1814. Feu ou fumée pour attirer l'attention, puis signaux pour l'information.

Quant à l'attaque de nuit proposée pour expliquer que les gardes se sont laissés surprendre, même avec l'aide de "renégats", cela passe pour Marseilleveyree, mais pas vraiment pour Riou. Ils pouvaient très bien être descendus à la pêche après avoir fait leur signaux! Donc ils ont probablement été enlevés ainsi que le marin du lahut venu aux informations.

Les gens de la Ciotat écrivent pour dire qu'ils ont vu des fustes. Il est étonnant qu'il n'y ait aucun rapport à Marseille de messages envoyés par les Vigies et de mobilisation d'un groupe de bateaux. Sur l'eau il y a des Catalans, il y a des Sarrazins, il y a une flotte Napolitaine, il y a de tout, sauf des gardes côtiers Marseillais. Les Marseillais ne semblent  pas non plus portés à consigner les faits du jour. Même s'il s'agit du meurtre ou de l'enlèvement de 5 guetteurs plus le marin.

Par contre lorsqu'il s'agit d'attraper les faucons au nid, il y a une comptabilité féroce.

Tel père, tel fils.. .pas dans le cas de nos rois, seulement dans le domaine de la fauconnerie. Le père vient jouer les Poseïdons au trident d'argent ou de vermeil, pendant que sa femme va prier la pêcheresse de la Ste Baume dans l'espoir de devenir mère. On peut penser que Louis XIII  préférait aller à la pêche au thon, ou que sa femme avait besoin de leçons. Eventuellement il y a eu le Roi Soleil qui lui, envoya Vauban fortifier sa bonne ville de Marseille en pointant les canons dans sa direction. Sans trop se soucier des Sarrazins et autres pirates .En  1661 trois galères Algériennes ravagent quelques bateaux à Calle-longue sous le nez des gardes de Riou (à moins qu'il n'y en ait pas eu faute d'argent. De toutes façons on ne voit pas bien Callelongue de Riou à cause de Jarre).

Et puis 60 esclaves sont pris sous le nez de la garnison du chateau d'If, laquelle s'est bien gardée de se manifester (Mais ce n'était que des pêcheurs étrangers  qui venaient de Catalogne et de Malte, comme plus tard ils viendront de Gènes!)
Doit-on en tirer une conclusion que la batterie des Croisettes qui est mentionnée sur la cartes de 1695 comme ayant 2 canons, n'était pas encore construite? Et la batterie du Four à Caux?

Sur le site de la Vigie, les tessons confirment les dates que l'on connait. Il y a du culinaire commun gris et marron, Il y a du pisan et du valence du XIVème, du pisan du XVIème, des céramiques de l'Huveaune du XVIIème, il y a du Fréjus en quantité suffisante pour dire que les guetteurs de la Vigie honoraient leur contrat et vivaient sur le versant Nord près de la Tour. Les guetteurs de Riou ont eu de la vaisselle qui venait de Pise ou de Valence, ce qui au début de ma recherche me paraissait assez extraordinaire, mais qui est bien pratique pour les archéologues amateurs pour les datations, tout comme d'ailleurs, l'introduction de mica dans les poteries massaliètes.
Il ne semble pas qu'il y ait eu construction près de la plage. B-L ne mentionne rien à l'Aiglon même à  l'époque des ouvriers de la sablière. Il y a aussi en surface, un manque flagrant de tessons de cette époque à l'Aiglon, alors qu'il y a surtout de ça à la Vigie et à la Citerne du Pic. Mais encore un fois le site est tellement remanié qu'il faudrait faire une véritable fouille pour établir s'il y a eu occupation à toutes les époques.

Cabane des guetteurs plutôt exigüe si l'on considère qu'ils étaient 3 et même 4


A pic sud du mur de la Tour - ceux qui l'ont construite n'avaient pas le vertige


La Tour de la Vigie reconstituée vue de l'Ouest à 2 kms environ

Pour se ravitailler en eau les gardiens ont construit ce muret pour reprendre le chemin de la vigie à partir de la citerne


Muret facilitant l'approche de la Citerne du Pic Occidental


La Citerne du Pic a perdu sa voute de briques depuis 1442


Ce qu'il en reste vu de l'interieur

 

Canalisation Est

Canalisation Ouest


Muret facilitant le passage d'un chemin précaire  dans le mauvais pays

LES GARDES DE LA VIGIE DE RIOU

Dominique Stornel, Monnet Gilhan, Louis André payés 5 florins d'or chacun pour le mois de Mars 1408.

Hélion Castel, Petit-Jean Baissanet, Antoine Beaume sont coincés sur Riou lors du siège de Marseille par le Connétable de Bourbon passé au service de Charles Quint, pendant 40 jours à partir du 19 Août 1524. Pas la peine de faire des signaux, il n' y a plus de gardes ni à Marseilleveyre, ni à la Garde. On peut supposer qu'ils avaient averti de l'arrivée de la flotte espagnole, car on les paye 4 florins et demi pendant ces 2 mois.
Il y a de fortes chances pour que ces 3 hommes aient été les victimes de l'attaque des Turcs 3 ans plus tard. 2é

Johan Painblanc, Baptistin Armelli, Honorat ... en 1577 reçoivent 24 florins pour la capture de Faulcons.

Faucon pèlerin à Jarre - Photo Jean-Patrick Durand du CEEP

Nicolas et Louis Tarrus, père et fils sont les derniers guetteurs pendant les mois de juillet août septembre 1695 et ils sont payés 45 livres pour deux.

Les florins ont fait place aux écus avant 1584 si on en croit le prix des fermages et non après 1587 (Bouillon-Landais) les écus font place aux livres en 1602. Toutefois comme avec les francs, nouveaux francs et euros, il semble que les bonnes gens aient gardé leurs habitudes: en 1688  2 faucons sont vendus pour 4 écus et un nommé Trigance en vend 1 pour 4 livres 10 sous. La livraison d'oiseaux à Paris par Claude Thomé, sergent de quartier pris 3 mois de voyage et couta 247 livres 12 sous pour 9 faucons. Si c'était là la valeur d'une émeraude , elle ne devait pas être bien grosse.

LES HERBAGES DE L'ILE

Sont affermés aux enchères par la ville jusqu'à la révolution.
En 1584 à Aymar de Champorcin pour 25 écus 30 sous par an.
En 1612 à Jean Baptiste de Village pour 36 livres (cette famille amie de Jacques Coeur vers 1442 à l'époque où furent baties la maison des gardes de la Vigie et la citerne du Pic Occidental, fut alliée à Colbert lorsque celui-ci relança le commerce à Marseille).
En 1614 à François de Caradet pour 62 livres


La Vigie de Notre Dame de la Garde


Peint par Joseph Vernet en 1754 pour Louis XV - A droite sur la colline le fort de Notre Dame de la Garde


La Vigie à gauche en 1845


Emplacement de la Vigie aujourd'hui

 

S'il y avait sur Maïre une vigie massaliote, il devait y en avoir une sur la colline de la Guardia qui cache Massalia aux guetteurs.
D'après Bouillon Landais (toujours lui!) au Moyen Age, il y avait aussi un guetteur dans la ville de Marseille: c'est bien beau de faire des signaux, mais il faut encore que quelqu'un les reçoive.

Antoine Capel, Antoine Blancard payés 4 florins pour le mois de Mars 1408. Les seuls mentionnés par BL.

Musée historique de Marseille - Maquette du Fort de Notre Dame avec la Vigie sur la droite


MHM - 1513 - Prédication de Marie Madeleine d' Antoine de Ronzen
La voile de bateau qui servait de signal à la Vigie de Notre Dame

J'ai connu le dernier guetteur de la Vigie de Notre-Dame. Mon grand-père Charles Robert avait une petite affaire appelée la Vigie du Commerce dont les bureaux étaient au 2 rue de la République, et à la Vigie de Notre Dame de la Garde que l'on voit derrière lui et derrière le pont-levis sur cette photo.  Il y avait une imposante longue-vue qui permettait de repérer et d'identifier les bateaux qui arrivaient à Marseille. Il téléphonait alors aux compagnies comme les Messageries Maritimes ou la Cie Paquet, et leur annonçait l'arrivée imminente de leur paquebot, ce qui leur donnait le temps de se préparer au débarquement des marchandises. D'après sa fille Gisèle, la clientèle comprenait aussi les hôtels et les boites de nuit, ainsi que des colporteurs qui venaient acheter sur le tas.
Après un essai dans la droguerie de son beau-père Auguste Bozouls, pharmacien de la place de Lenche, il racheta cette affaire aux familles Camoin et Sanière , sa femme Marguerite étant une petite fille Camoin, et une cousine des Sanière.
Cette affaire avait débuté sous le nom de LLoyd Marseillais et de la vigie des Marines Royale et Marchande, crée par un Mr Astrevigne.
Le 10 septembre 1833 il demande au président de la Chambre de Commerce , Mr Rostan de remplacer la vigie des hauteurs du cours Bonaparte où Mr Sanière ne voit pas bien les bateaux venant de l'Est, et d'utiliser Mr Camoin employé à la vigie de ND pour signaler les navires pour 240 frs/an . Refus du gardien qui dit ne pas disposer de moyens pour reconnaitre plus de navires ( Plus vite ?? de plus loin??)
Le 11 novembre 1833 nouveau projet pour s'établir sur Planier.. mais on poste le Capitaine Sanières  sur le flanc ouest de la colline de ND,  contre un mur qu'il a lui même remonté, mais qui le laisse toujours exposé au vent et à la pluie .. ses notes s'envolant par fort vent et se mouillant par temps de pluie, sa contrarieté est grande,  en attendant de construire une petite cabane sur la plateforme du fort Notre Dame.
Le 15 avril 1836 abandon du projet Planier pour une vigie à la batterie du Cap Croisette... donc aux Goudes! L'administration de la Marine et de la Douane appuient ce projet afin que cette vigie soit aussi utile pour le service de pilotage et pour celui de la douane dont un poste est placé à cette batterie! (sur la route des batteries)
Le 20 janvier 1840 la veuve Astrevigne demande une pension et de l'aide pour la société menacée de fermeture.
Le 7 juillet 1845 Pascal Sanière (fils du Capitaine décédé depuis peu) et Etienne Serre , désignés comme signalistes retournent à.. Marseilleveyre pour correspondre avec leur sémaphore de ND de la Garde.
Le 31 mai 1872 un courrier du Syndicat de la compagnie des courtiers interprètes, conducteurs de navires et courtiers d'assurance est adressé au président de la Chambre de Commerce... "Des agences privées sous la dénomination de Vigies se sont données la mission de signaler au commerce dès qu'ils sont en vue, les navires se dirigeant dans notre port. Les postes principaux de ces vigies ont été placés au Ford de ND de la Garde, de là sont renvoyés à des bureaux succursales avoisinant la Bourse les indications devant être promptement transmises aux personnes interessées à les connaitre.... la société Camoin, Sanière et Serre, nouvellement fondée est l'objet d'une plainte puisqu'elle est en situation de monopole exclusif, qu'elle fixe d'une manière arbitraire ses tarifs, impose ses conditions au commerce, mais surtout ne donne plus satisfaction  (navires déjà dans le port non signalés, mensonge sur la distance à laquelle les navires sont situés, bureau succursale fermé)..  Il y a des agences privées, mais Camoin Sanière et Serre ont un monopole exclusif. Ils ne donnent plus satisfaction, mais la société est nouvellement fondée , pourtant ces gens sont à la tache depuis 1831. 41 ans pour passer d'employés mal payés à patrons ! encore 50 ans et ils passeront le relais à mon grand-père avec leur sémaphore à Notre Dame et leur succursale près de la Bourse ....


Regret de ne pas en avoir une signée, car il avait une très belle signature et très belle écriture, ayant été éduqué chez les Frères.

Louis Brauquierdans sa pièce Pythéas mentionne la Vigie du Commerce.. merci Marius! "Il y a de la brume sur l'ile Maïre et on ne reconnait rien" est-il annoncé à Picopèbre qui n'était pas un client de la Vigie puisqu'il paye l'homme "sous la table" avec un pot d'olives, pour être averti qu'il y a un bateau en vue.
La radio, et le poste de pilotage du Frioul ébranlèrent la petite compagnie.  A la mort de Charles Robert en 1962 , le bail ne fût pas renouvelé, et la Vigie de Notre Dame cessa de fonctionner contrairement à ce que croyait Bouillon-Landais.

 

Charles Robert - 1925? devant le Pont levis et la Vigie.
La longue-vue de la Vigie du Commerce devant la Basilique de Notre Dame de la Garde

On comprend le besoin d'allumer un farot lorsqu'on voit la photo suivante, que ce soit sur Marseilleveyre ou sur Maïre


(Cliché Luc Vanrell) Vue de la couronne de la Bonne Mère

Quelques Tessons de la Vigie et de la Citerne du Pic Occidental


Bol Pisan du XIVème siècle - décoration a stecca - Dépot de la Drassm au Fort St Jean

Les gardes de Riou utilisaient ce genre de vaisselle à la Vigie! Celui-ci est en meilleur état que les tessons de l'ile ayant été récupéré par les plongeurs de la Drassm. Je dois cette photo à l'amabilité de Florence Richez.


Tessons de cruches

Les cruches vertes de la Citerne du Pic - à y ajouter les 2 morceaux qui se complètent - Exemple de cruche

Les cruches à l'émail émeraude, datent du 18ème siècle, donc de l'époque où le St Antoine était sabordé après avoir été brulé le 20 septembre 1720 près de l'ile de Jarron où il était en quarantaine. Rien ne prouve que des gens se sont réfugiés sur Riou. Où auraient-ils vécu pendant 3 mois? Et de quoi? Qui d'autre aurait cassé une cruche verte au 18ème? Des contrebandiers? Ou les chevriers? Si l'on en croit l'expérience de mes copains Pierre Gay, Pierrot Vottero et Jackie Agrifoglio qui ont mis des chèvres sur Maïre dans les années 70, on peut les laisser seules, mais on y va de temps à autre leur donner du pain , et lorsqu'on a besoin d'un gigot d'agneau pour la Noël. Il y a très peu de traces des gens qui furent les chevriers, les ouvriers des fours à chaux, en dehors d'un culot de pipe et de quelques morceaux de culinaire de Vallauris.

                      

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